L’écologie, c’est aussi une vraie politique d’avenir pour notre jeunesse…

 

Yannick Jadot - Philippe Meirieu

 

Qui ne voit aujourd’hui les inquiétudes de notre jeunesse ? 

Déjà dans la rue, il y a plusieurs mois, pour dénoncer l’inaction des politiques face au dérèglement climatique, elle a été frappée de plein fouet par une crise sanitaire qui a mis à mal ses processus de scolarisation et de socialisation. Isolés, fragilisés, sans visibilité sur leur avenir, soumis à la loterie de Parcours Sup, mais aussi de plus en plus conscients des inégalités qui s’accroissent entre privilégiés et exclus, les jeunes se vivent de plus en plus comme une génération sacrifiée. Toutes les enquêtes montrent, en effet, un accroissement considérable du stress chez nos enfants et nos adolescents, quand ce n’est pas une montée de l’angoisse qui plonge certains d’entre eux dans une profonde dépression… Face à cela, les médias main stream n’ont d’autres discours que l’appel à une insouciante irresponsabilité pendant que le président de la République perd tout crédit en courtisant quelques youtubeurs pour faire oublier ses décisions politiciennes à courte vue.

 

Il est temps de prendre au sérieux le malaise de nos jeunes et de proposer une véritable politique de la jeunesse qui s’inscrive dans une authentique vision d’avenir. Les jeunes le savent : les humains sont fragiles et vivent sur une planète aux ressources en voie d’épuisement. Et ils le pressentent tous plus ou moins : les humains sont solidaires, qu’ils le veuillent ou non… et il temps d’activer cette solidarité à tous les niveaux, sans exclusive ni exclusion. A nous de leur montrer que cette voie est, non seulement la seule possible, mais aussi que nous pouvons nous y engager concrètement, maintenant, tout de suite, pour eux et, surtout, avec eux. 

 

Nous voulons donc une véritable politique éducative qui ne se limite pas à quelques réformes de la tuyauterie scolaire mais qui engage toute la société et offre à nos jeunes un horizon vers lequel ils puissent engager leur énergie et leur générosité.

 

Pour une école démocratique et exigeante à la fois

 

Nous voulons, pour cela, une École exigeante qui donne, enfin, plus et mieux à celles et ceux qui ont moins… quand, aujourd’hui, nous dépensons bien plus pour un étudiant de classe préparatoire aux grandes écoles, qui a trouvé sa panoplie de bon élève au pied de son berceau, que pour un collégien de banlieue. Nous voulons une École qui permette l’accès de toutes et tous aux savoirs sans lesquels on ne peut ni comprendre le monde ni agir sur lui. Nous voulons une École qui articule étroitement savoirs théoriques et savoirs pratiques au lieu de cautionner une conception ridicule, obsolète et dangereuse de l’infériorité des « métiers manuels ». Nous voulons une École dont la pédagogie soit fondée sur l’entraide et la coopération et non sur une concurrence exacerbée entre des personnes conviées à se bousculer dans un gigantesque self-service scolaire pour tenter de se faire une place au soleil. Nous voulons une École dont les personnels – enseignantes et enseignants, mais aussi personnels administratifs et de service, personnels d’encadrement et de santé scolaire, personnels spécialisés dans l’aide et le soutien des enfants en difficulté – soient enfin reconnus symboliquement et matériellement à la hauteur de l’importance de la tâche qu’ils assument collectivement. Et nous voulons construire cela avec eux. 

 

« Il faut tout un village pour élever un enfant » 

 

Mais nous ne croyons pas, pour autant, que l’École peut tout à elle toute seule. Nous savons que le contexte familial et social joue un rôle décisif dans le développement de l’enfant et qu’il nous faut nous attaquer à toutes les inégalités dans ce domaine. Face à des parents bien plus souvent démunis que démissionnaires, il nous faut développer le soutien à la parentalité où la France a accumulé un retard considérable. 

 

Nous voulons également redonner à l’Éducation populaire la place qu’elle a conquise sous le Front populaire et qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Les associations, clubs, centres de loisirs, mouvements de jeunesse ont un rôle absolument fondamental pour apprendre aux jeunes à s’inscrire dans un collectif solidaire, à exercer des responsabilités, à comprendre ce qu’est une citoyenneté authentique, respectueuse de la laïcité mais aussi de toutes les formes d’altérité. Il faut donc redonner à l’Education populaire toute sa place dans le service public d’éducation, la dégager de la logique du marché dans laquelle on l’a progressivement enfermée, lui affecter les moyens de reconquérir les territoires qu’ont dit « perdus » de la République. 

 

Et puis, parce que nous sommes convaincus qu’« il faut tout un village pour élever un enfant », nous voulons que les exigences de la République, mais aussi celles de la Convention Internationale des droits de l’Enfant, priment enfin sur les intérêts commerciaux : nos enfants ne sont pas des « cœurs de cible » aux mains des « joueurs de flûte » qui les invitent à toujours plus consommer. Ils sont des êtres en devenir qui ont besoin autour d’eux d’un véritable écosystème éducatif pour susciter leur curiosité, développer leur esprit critique et leur inventivité, les accompagner dans leur découverte du monde par une information adaptée et la rencontre d’une culture de qualité. 

 

C’est d’une véritable vision de l’éducation pensée comme la préparation à l’engagement de chacune et de chacun dans un monde solidaire dont nous avons besoin aujourd’hui. Il nous faut, pour cela, rompre avec un modèle libéral gestionnaire, centré exclusivement sur l’« efficacité » à court terme. Notre jeunesse doit savoir et voir concrètement que nous prenons soin d’elle : en nous engageant fortement dans la lutte contre le dérèglement climatique et les inégalités, en lui offrant un système éducatif plus juste et ouvert sur le monde, en lui proposant des espaces d’engagement constructifs, en leur montrant que leur avenir est plus important à nos yeux que nos petites satisfactions et querelles d’adultes… A nous de lui donner des raisons d’espérer en plaçant enfin la solidarité entre les humains, mais aussi entre les humains et la planète au cœur de notre action politique.