Sortir de l’élevage industriel

 

Les élevages de poules en cage et les fermes-usines (ou élevages industriels) sont incompatibles avec le projet agroécologique, tant pour des raisons de bien-être animal, d’environnement que de santé humaine. Le développement de la viande cellulaire, issue de procédés biotechnologiques, est tout aussi déconnecté des solutions fondées sur la nature, de la relation humain-animal et de l’élevage paysan.

Nous organiserons la fin progressive de ces pratiques et la sortie du modèle intensif. Pour soutenir ces transitions, les citoyens-consommateurs disposeront d’informations claires, par la création d’un label “Bien-être animal”, assorti d’une évaluation sur le modèle du Nutriscore et basée sur un cahier des charges exigeant. Nous soutiendrons également les abattoirs de proximité et faciliterons leur réappropriation par les .leveurs. Les conditions de travail y seront am.lior.es et les cadences réduites.

 

  • Constats généraux sur l’élevage industriel

L’élevage industriel s’est développé en France pour répondre à une massification de la consommation de viandes, produits laitiers et œufs. Ce modèle largement développé en Europe occidentale a historiquement cumulé deux gros inconvénients : 

  • une trop forte densité d’animaux sur certains territoires dont la concentration génère des problèmes environnementaux et de santé publique majeurs (i. e. pollutions aux algues vertes et nitrates en Bretagne) 
  • et une dépendance aux aliments du bétail importés issus d’un usage insoutenable des terres et des ressources (i.e. monocultures de soja et déforestation en Amérique latine).

A cela, il faut ajouter :

  • la très faible rémunération d’une majorité d’éleveurs dont le revenu est composé d’aides publiques jusqu’à plus de 120 % voire plus de 250 % certaines années pour les éleveurs bovins viande ;
  • les conditions insoutenables d’élevage hors sol ou en cage de la grande majorité des volailles et des porcs en France ;
  • l’impact significatif de l’élevage sur le changement climatique notamment dus aux émissions de méthane et au changement d’affectation des terres ; 
  • des régimes alimentaires comportant une part excessive de produits animaux nocifs pour la santé humaine (risques de cancers provoqués par l’excès de viandes rouges ou de charcuteries…)

Enfin, la baisse de la consommation totale de viandes depuis 2018 (84,5 Kg/an par habitant en 2020), la pyramide des âges des éleveurs et des professionnels de la viande, les dures conditions de travail, le manque d’attractivité des métiers de l’élevage et leur faible profitabilité sont des tendances cumulées qui assombrissent l’avenir de l’élevage en France. "revaloriser le soutien à l'élevage a l'herbe"

 

S’il y a de nombreux territoires d’élevage sous pression du fait d’une trop forte concentration animale, l’élevage à la française sait aussi par ailleurs valoriser de nombreux territoires herbagers, fournissant de nombreux produits sous signes de qualité et des environnements de qualité (avec plus de 60 AOP pour les viandes et produits laitiers, sans compter les labels rouges, les IGP et l’agriculture biologique).

 

Ainsi, l’élevage reste essentiel pour la survie de nombreux éleveurs et pour la vitalité de nombreux territoires. L’élevage lié au sol, c’est-à-dire l’élevage d’animaux herbivores (vaches, veaux, chevaux, chèvres, moutons) façonne nos territoires ruraux, pastoraux et montagnards, que l’on ne pourrait pas pour certains, valoriser autrement à cause de leur relief ou handicaps naturels. Cet élevage génère des emplois dans les zones rurales, depuis la production jusqu’au tourisme, en passant par la transformation et le commerce.

 

L’élevage de ruminants procure des services environnementaux et climatiques, grâce la séquestration du carbone dans les prairies (une prairie de moins de 30 ans est capable de stocker 1,83 t équivalent CO2 par ha par an mais en relargue 3,48 t lorsqu'elle est retournée, source Civam), l’entretien d’une biodiversité cultivée et habitée, la valorisation de paysages ouverts. 

L’élevage laitier herbager est celui qui rémunère le mieux les éleveurs au litre de lait produit, qui dégage la meilleure efficacité économique (de +30 % à + 50 % par rapport au conventionnel) et a une plus grande capacité à créer de l’emploi par unité de surface par rapport au lait conventionnel (+45 %) (Source Civam). L’élevage laitier herbager biologique est encore plus performant sur ces deux critères.

 

Ce dont a besoin notre pays, ce n’est pas de viande cellulaire produite dans les laboratoires ou dans les usines. Ce dont a besoin notre pays, c’est d’élevages liés au sol, qui ne dépendent pas des terres et des ressources importées mais repose sur un équilibre entre sols, plantes et animaux sur un même territoire, sur un équilibre des productions entre les territoires et les régions, et qui surtout rémunère correctement les éleveurs.

 

Pistes pour sortir de l’élevage industriel et soutenir l’élevage lié au sol : 

  • Accompagner la diminution de la consommation humaine des produits animaux par un vaste plan nutritionnel national de végétalisation de notre alimentation, par une déclinaison ambitieuse de la stratégie alimentation-nutrition-climat prévue par la loi Climat Résilience qui doit être véritablement ambitieuse et dotée de moyens variés ;

 

  • Davantage soutenir financièrement et techniquement la relance des protéines à graines sur notre territoire pour l’alimentation humaine (soutien aux producteurs pour la production et la transformation de lentilles, pois, pois chiches, soja…) ;

 

  • Encourager la diversification et le re-couplage (resynchronisation) des systèmes d’élevage avec ceux de cultures, pour déspécialiser les régions agricoles trop spécialisées et concentrées (moins d’élevage dans l’Ouest mais davantage dans le bassin parisien pour se rapprocher des marchés) ;

 

  • Mieux soutenir l’élevage à l’herbe par une redistribution des aides de la PAC plus ambitieuse au profit des élevages herbagers et pastoraux, via les paiements de base, les éco-régimes et les contrats agroenvironnementaux ;

 

  • Rémunérer les services environnementaux et climatiques, notamment le stockage de carbone dans les prairies et la replantation de haies auprès des éleveurs qui s’engagent ; 

 

  • Stopper les pertes de prairies permanentes et de haies en renforçant les conditionnalités de la PAC, les contrôles de l’Etat et les sanctions ;

 

  • Réinvestir (collectivités, opérateurs privés, Etat, Région, UE) dans des équipements d’abattage des animaux de proximité modernisés, qui respectent les protocoles de bientraitance des animaux (i.e. abattoirs multi-espèces, abattoirs mobiles, formation…) ;

 

  • Soutenir la reconversion des élevages en cage ainsi que des élevages sans accès à l’extérieur (Etat, Région, UE) ;

 

  • Veiller au respect des engagements du ministre de l’agriculture de mettre fin au broyage des poussins mâles et d’interdire la castration sans anesthésie des porcelets au 1er janvier 2022 ;

 

  • Mieux valoriser les coproduits des cultures produites sur le territoire et les sous-produits des industries alimentaires pour l’alimentation du bétail et ainsi réduire les importations (notamment le soja) ;

 

  • Investir davantage dans la recherche, l’innovation et le développement afin de proposer et de diffuser largement de référentiels technico-économiques viables de nouveaux modes d’élevage respectueux des animaux basés sur la polyculture-élevage et la diversification (Etat, Région, UE) ;

 

  • Poursuivre la baisse de consommation des antibiotiques a déjà été enclenchée par les éleveurs pour contribuer à diminuer les risques de résistances antimicrobiennes ;

 

  • Adapter les cursus diplômants de l’enseignement et de la formation agricole pour traduire les principes de l’agroécologie dans des référentiels et remettre en avant les systèmes de polyculture élevage au détriment des production animales spécialisées ;