Interdiction du Glyphosate

Le glyphosate, l'herbicide le plus utilisé dans le monde, est actuellement autorisé dans l'UE jusqu'en décembre 2022. En effet, la Commission européenne avait accordé une autorisation de cinq ans pour le glyphosate, en 2017. 

Se pose donc la question du renouvellement de cette autorisation.

Un rapport a été sollicité auprès des Agences Sanitaires de 4 Etats membres : France, Hongrie, Pays Bas et Suède rassemblées au sein du groupe d'évaluation pour le glyphosate (AGG).

Que dit le rapport ?

Dans l'ensemble, l'AGG conclut dans son rapport que le glyphosate, quant à ses effets sur la santé humaine, répond aux critères définis dans le règlement européen. 

Plus précisément, le groupe d'évaluation estime que le glyphosate ne peut pas être classé comme mutagène, ni comme agent pouvant modifier le fonctionnement de certains organes comme le foie, les poumons ou le système nerveux après plusieurs expositions. Le glyphosate, selon l'AGG, ne peut pas non plus être classé comme perturbateur endocrinien, ni comme cancérogène, ni reprotoxique. En revanche, le groupe d'agences sanitaires propose de maintenir la classification du glyphosate comme "provoquant des lésions oculaires graves". 

Ce rapport va clairement dans le sens d'un renouvellement de l'autorisation du glyphosate au sein de l'Union européenne (UE). Il est donc probable qu’une prolongation d’autorisation soit donnée par l’UE

Réponse à la question : Faut-il interdire le glyphosate en 2022 ?

La France doit se battre sur plusieurs fronts :

  1. La mise en place d’une expertise et de la fourniture de données indépendantes de l’industrie chimique, tout en menant une diplomatie européenne orientée par le principe de précaution. 
    1. La France doit défendre le non-renouvellement de l'autorisation du glyphosate auprès de ses partenaires européens, dans le cadre de la procédure de ré-autorisation en 2022.
    2. En parallèle, et à plus long terme, les agences sanitaires, européenne comme l’EFSA, ou nationales comme l’ANSES en France, doivent pouvoir être en mesure de démontrer les impacts de la molécule sur la santé humaine et la biodiversité sans être influencées par le lobbying des industriels qui demandent la mise sur le marché des produits, notamment des phytosanitaires.. Il faudra donc augmenter les crédits de la recherche et ceux de l’ANSES pour disposer de données indépendantes sur le glyphosate, et ce dès le projet de loi de finances 2023. 

 

  1. La transition vers l’agro écologie : 

Le glyphosate est un désherbant dangereux, mais ce n’est pas le seul produit phytosanitaire qui a des effets néfastes pour la santé humaine, la qualité de l’environnement et la biodiversité : on peut citer les néonicotinoïdes - dont ce gouvernement vient d’autoriser la remise sur le marché par la loi ! -, le SDHI et d’autres perturbateurs endocriniens….

La loi Labbé encadre depuis 2014 l’utilisation des produits phytosanitaires ; l’interdiction est devenue effective chez les particuliers depuis 2019. Depuis 2020, un certain nombre de produits sont aussi interdits d’usage dans les collectivités territoriales.

S’agissant des usages agricoles, notre objectif est d’accompagner la transition du secteur agricole vers l’agro-écologie, donc d’aider les agriculteurs qui abandonnent l’usage de ces produits, en optimisant le dispositif des MAEC (Mesure Agri Environnementale et Climatique) financé par la PAC. Des contrats agroenvironnementaux types "sans glyphosate" incitatifs pourraient être proposés qui offrent des solutions à tous les agriculteurs, dans toutes les régions françaises.

Le bilan des gouvernements successifs sur la baisse de l’usage des pesticides en agriculture est un échec : en 2018, lors du bilan à 10 ans du plan écophyto, qui visait une réduction de 50% de l’usage des pesticides en agriculture, l'utilisation des pesticides, au lieu de diminuer, a augmenté de 22 % et le modèle agricole français demeure très dépendant des pesticides, en raison de l'influence de l'industrie agro-alimentaire et de la grande distribution sur les agriculteurs. Pourtant la puissance publique a engagé avec le plan écophyto des dépenses évaluées à 700 millions d'euros (avril 2019) pour un résultat très faible.

A terme, il s’agit bien de changer de modèle agricole et d’y faire adhérer le plus grand nombre d’agriculteurs. Cela suppose donc la recherche, le développement et la promotion d’alternatives au glyphosate et à tous les produits phytosanitaires dangereux pour tous types de systèmes de production et dans tout contexte pédoclimatique. De nombreuses alternatives existent déjà chez les agriculteurs, notamment le désherbage mécanique, la lutte biologique, les rotations culturales, mais un effort supplémentaire doit être fourni par la recherche publique et le développement agricole dans cette direction. 

Chaque région française devrait pouvoir disposer d’une ferme de référence expérimentant des systèmes agricoles et itinéraires techniques sans glyphosate (actuellement, une seule ferme de ce type existe en France, à l’INRAE de Dijon).

A cet effet, une augmentation significative de crédits spécifiques de recherche, de développement et de formation agricole doit être prévue dans le projet de loi de finances 2023 :

  • un budget de recherche conséquent pour trouver des solutions alternatives, avec des interventions techniques préventives et le développement des techniques de désherbage mécanique ; 
  • un programme d'aide à l'investissement en matériel adapté (comme le matériel de désherbage mécanique) avec un bonus pour l’adoption de pratiques agro écologiques, dont l’abandon de l’usage des désherbants comme le glyphosate ;
  • une modification de la formation agricole pour enseigner à la fois les dangers des produits phytosanitaires (pour la santé des agriculteurs) et les techniques alternatives. Il faut également que les agriculteurs soient informés sur les nouveaux équilibres économiques possibles pour leurs exploitations en dehors de l’usage des pesticides.

Il faut également encourager les pratiques agricoles sans pesticides, comme le bio, contrairement à ce que prône l’actuel gouvernement dans le cadre de la réforme de la PAC.

Plus immédiatement, il faudra réviser les Chartes de voisinage mises en place en 2020 censées apporter des solutions à l’usage de pesticides à proximité des habitations. Les zones de non traitement limitées à 10 ou 20 mètres ne sont pas suffisantes, car il s’agit bien de trouver des solutions à un problème de santé publique. 

Le dispositif d’accompagnement intègrera en priorité ces situations, où l’arrêt de l’usage des pesticides peut être une première étape de transition vers l’ adoption des pratiques agro écologiques. Il faut aussi lier ces pratiques sans pesticides à celles de la gestion économe de l’eau en agriculture : la pollution des eaux est aujourd’hui principalement causée par l’usage des produits phytosanitaires et des engrais en agriculture !