Les deux secteurs les plus importants pour l’homme sont la santé et l’alimentation. Sans cela, nous mourons. L’alimentation et l’agriculture sont intimement liées, puisque l’une vient de l’autre. Les paysans devraient logiquement être les maîtres du monde et rouler sur l’or, puisqu’ils détiennent la vie des humains entre leurs mains. Or il n’en est rien. À part quelques très gros agriculteurs qui possèdent des milliers d’hectares, la plupart des gens de la terre ont un train de vie plutôt modeste. Il y a quelque chose de déséquilibré quelque part. De plus, beaucoup d’aliments que nous consommons sont empoisonnés parce que de la semence à l’étal, ils ont subi une série de manipulations : engrais, pesticides, insecticides, conservateurs, colorants, lubrifiants, etc. et tout cela se retrouve dans nos veines, provoquant troubles et maladies que nous soignons à l’aide d’autres produits chimiques, les médicaments. Simplement pour avoir des aliments plus gros, plus beaux, plus nombreux. Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est avec l’apparition de l’industrie que tout s’est dégradé. Depuis toujours, les hommes ont cherché à conserver les aliments car ils avaient constaté que ceux-ci perdaient de leurs qualités avec le temps, et même devenaient dangereux. Plusieurs méthodes de conservation furent créées : le séchage, le froid, le fumage, la salaison, le sucre, la graisse. Tout cela était efficace et simple à réaliser. Chaque famille pouvait le faire chez soi. Puis à la fin du XVIIIème siècle, Nicolas Appert, un confiseur, inventa le système de la stérilisation dans des bocaux en verre, sans en déposer le brevet. Des industriels ont alors utilisé sa technique pour vendre à grande échelle des conserves dans des boîtes en fer. La population mondiale a vite apprécié ce gain de temps où il suffisait de faire réchauffer des aliments sortis d’une boîte, et tout s’est emballé : par recherche du plus gros profit, l’industrie s’est mêlée de toutes les étapes de la chaîne alimentaire, de la terre à l’assiette, n’hésitant pas à y ajouter des substances toxiques ou inutiles. La publicité s’est faite la complice de cet empoisonnement généralisé en persuadant les plus réfractaires de consommer des produits industrialisés. Les plus gros scandales sanitaires du XXème siècle ont été causés par l’industrie, jamais par l’artisanat ou la paysannerie : huile frelatée, lait contaminé, dioxine, crise de la vache folle, viandes avariées reconditionnées, listériose, salmonellose, viande aux hormones, la liste est longue. On peut compter en millions le nombre de maladies et de morts provoquées par de la nourriture industrielle ! Et les coupables sont très rarement recherchés et condamnés. Car il y a bien culpabilité : sans vouloir directement la mort des gens, ceux qui agissent ainsi connaissent les dangers de ce qu’ils font, mais le goût du profit est trop important et ils font tout pour minimiser leur responsabilité. Comble de supercherie, depuis quelques années de grosses firmes américaines ou allemandes tentent de devenir incontournables pour les paysans : ils ont inventé en laboratoire une semence stérile (les fameux OGM) qui empêche l’agriculteur de récupérer les graines pour la saison suivante, il est obligé d’en racheter chaque année. Ainsi l’industrie va réussir à contrôler toute la production agro-alimentaire et s’en mettre plein les poches ! Si on laisse faire cela, si c’est rendu légal dans tous les pays, plus personne ne pourra cultiver son jardin sans passer par Monsanto, Bayer et autres Pioneer… En deux siècles, nous sommes passés d’un système alimentaire où l’on achetait ses produits chez le paysan voisin pour un prix modique et on les préparait soi-même (ou on en confiait la préparation à un artisan local), à un système où de grands groupes internationaux obligent les paysans à leur acheter semences, engrais et pesticides, leurs rachètent la production à très bas prix, transforment les aliments dans leurs usines en y ajoutant de nombreux produits chimiques et nous les revendent très cher, aidés par la publicité et les grandes surfaces. Sans revenir deux siècles en arrière (le nucléaire ou la bougie, slogan cher aux anti-écolos, n’est pas la seule alternative), il est possible de résister à cette dictature industrielle. L’industrie devrait limiter son activité à ce que les êtres humains ne peuvent pas réaliser à l’échelle artisanale : fabriquer de l’acier, produire de l’énergie, bâtir des grands ensembles, construire des voitures, etc. et arrêter définitivement de vouloir nourrir le monde. Autrement dit : « l’industrie agro-alimentaire doit cesser d’exister ». Il revient au monde paysan de réagir le premier, en refusant d’empoisonner le sol avec des produits issus de cette industrie. Cela demandera un peu plus de travail et d’efforts, c’est vrai, mais le bénéfice sanitaire et financier n’en sera que plus grand, et des emplois pourront être créés. Entre les agriculteurs et le consommateur, il devra y avoir le moins d’intermédiaires possibles. Des coopératives de producteurs se créeront un peu partout pour une vente directe. Ensuite interviennent dans la filière les artisans qui produiront sainement et sans ajouts chimiques les aliments nécessitant une transformation : conserves de fruits ou de légumes, biscuits, charcuteries. Eux aussi auront tout intérêt à s’organiser pour vendre au plus près du consommateur. Les petits commerces se fourniront directement auprès des producteurs et artisans en veillant à la qualité de ce qu’ils proposeront au public. Cela portera probablement un grand coup aux grandes surfaces commerciales, mais c’est un moindre mal. Mais c’est le consommateur qui a le plus grand pouvoir dans cette nouvelle chaîne de qualité, en respectant un certain nombre de règles : Acheter le plus près possible du domicile pour éviter les dépenses d’énergie inutiles Acheter directement chez les producteurs et sur les marchés ou, à défaut, chez les petits commerçants. À eux de veiller à ne pas être plus chers que les grandes surfaces.; Se renseigner sur la provenance des produits; privilégier ceux qui sont issus d’une collecte locale, ou le plus près possible. Se renseigner sur la qualité des produits; privilégier le « bio » Eviter les conserves industrielles, les plats cuisinés, le surgelé Refuser le suremballage, surtout le plastique et le polystyrène Faire soi-même tout ce qu’il est possible de faire : confitures, conserves, gâteaux et biscuits, soupes, purée, etc. On peut aussi assez facilement faire ses pâtes, sa lessive et bien d’autres choses, les guides et recettes ne manquent pas. À terme, si toutes ces règles sont respectées, les commerces seront bien obligés de proposer ce que les clients demandent, et la notion de « bio » disparaîtra, puisque tout sera bio. Et pour ce qui ne l’est pas, il suffira de l’inscrire sur l’étiquette. Au lieu de lire comme actuellement « produit bio », on lira « produit non-bio ». On peut même imaginer une taxe spéciale appliquée sur ces derniers, afin que le bio devienne moins cher que le non-bio.