Le sujet de la finance et de la dette sera un sujet majeur de la campagne 2022. Voici quelques idées phare défendues par beaucoup d'économistes alternatifs sur lesquelles il faut un positionnement clair d'EELV. - Il faut sortir du paradigme de la dette publique qui serait une ardoise que l’on laisse aux générations futures. On voit bien que les économistes traditionnels ne sont pas clairs sur le sujet, l’Europe préconisait de ne pas dépasser les 60% du PIB, la France s’achemine vers les 120% soit le double sans que personne ne s’affole. Au passage, le Japon et les USA sont à plus de 200%. Au passage aussi, il faut abandonner la référence permanente au PIB qui n’a pas de sens. Le PIB peut augmenter pour tout un tas de mauvaises raisons : augmentation de la violence, recrutement de policier et de juges, construction de prisons, économie carbonnée… autant de choses, qui, si elles sont nécessaires, ne concourent pas à une progression de la société dans le bon sens. - Pour revenir à la dette publique, dans un premier temps, il faut annuler les dettes publiques détenues par les banques centrales (400 Mds pour la France). C’est le serpent qui se mord la queue. La Banque de France réalise de gros bénéfice sur la dette de l’état à qui elle reverse d’énormes dividendes puisque l’actionnaire de la BDF, c’est l’état. Cela allègera la pression sur les marchés. Il faut aussi revenir sur le critère de 3% de déficit en distinguant, comme le fait toute entreprise, les dépenses de fonctionnement et les investissements. Creuser la dette pour investir est un levier incontournable pour réaliser la transition écologique - - Mais le levier budgétaire reste très insuffisant. Il faut utiliser le levier monétaire (la création monétaire) pour disposer de l’argent nécessaire à la transition. Les estimations qui circulent pour cela sont de l’ordre de 100Mds par an pour la France et 1000Mds par an pour l’Europe pendant au moins 10 ans (je n’ai pas le chiffre pour le monde). Le plan français de relance actuel de 100 Mds sur 3 ans dont seulement 25% concerne la transition écologique n’est qu’un balbutiement. - - Utiliser le levier monétaire, c’est autoriser les banques centrales qui sont les seules à disposer du pouvoir de création monétaire à financer l’économie réelle sans passer par l’intermédiaire des banques commerciales, ce qui est actuellement interdit par le traité de Maastricht qui donne pour seul mandat à la BCE de veiller à la maitrise de l’inflation (cible = 2%) par sa gestion des taux d’intérêts sans préoccupation des impacts sur la politique économique ou le TX de chômage contrairement à la FED américaine par exemple. L’Europe a donné à la BCE une indépendance politique sans contrôle démocratique par le politique. - - La BCE n’a pas le pouvoir d’acheter directement des emprunts d’états ni de financer du crédit aux entreprises. La BCE n’atteint pas ses objectifs puisque l’inflation est trop faible (1,5% en moyenne sur la décennie) et les injections massives de liquidités vers les banques commerciales qu’elle a conduite (2600 Mds après la crise des subprimes et 1350 Mds après la crise COVID) n’ont pas réussi à relancer le crédit vers les entreprises. C’est normal à cause du filtre qu’exercent les banques commerciales pour octroyer du crédit dont le seul critère est la rentabilité à court terme ce qui est incompatible avec les programmes de transition écologique. - - Il faut sortir du principe de la « neutralité du crédit ». Un crédit vert devrait être moins cher qu’un crédit brun. Les banques commerciales n’ont pas vocation à appliquer ce principe. Seules des banques d’état peuvent le mettre en œuvre. C’est déjà le cas pour la BPI (banque publique d’investissement française) et la BEI (banque européenne d’investissement). Mais ce sont des nains économiques et leurs moyens sont beaucoup trop limités (quelques centaines de Mds d’€ au bilan). Il faudrait leur donner le pouvoir de création monétaire comme pour les banques centrales pour décupler leur action. En conclusion, les traités européens sont une sérieuse entrave pour mettre en œuvre la transition écologique. A court terme, il est possible de légèrement déroger aux règles européennes par des artifices juridique plus ou moins border line et c’est ce que font la BCE (lors de son programme d’injection de liquidité en 2015 et 2020 appelé Quantitative Easing) et la commission avec son emprunt pour financer la crise COVID donc pour financer les états. A moyen terme, il va falloir envisager sérieusement une révision des traités. A moyen terme aussi, il faudrait tester, comme le préconise de plus en plus d’économistes, la création monétaire libre vers les citoyens dite « hélicopter monnaie » pour permettre une transition écologique non punitive.